Ainsi parlait Jancovici

par | Déc 28, 2021 | Développement durable, Ecologie | 0 commentaires

Jean-Marc Jancovici est un de ces personnages dont la France a le secret : Polytechnicien, chercheur, consultant, cela fait une vingtaine d’années qu’il travaille sur l’empreinte carbone et les façons d’échapper au sort funeste auquel nous destine notre addiction collective au pétrole. Adulé ou honni, il est une des voix importantes sur le sujet du dérèglement climatique. Une raison suffisante pour s’intéresser à “Le monde sans fin”, ouvrage distrayant et instructif qui vient de sortir aux éditions Dargaud. Une lecture de fin d’année idéale, pour digérer la dinde aux marrons et sa bûche tout en pensant à la planète.

On retrouve dans cet ouvrage toutes les thèses qui ont fait le succès du monde selon Janco (comme l’appellent ses adeptes). Il retrace notamment la formidable expansion démographique et économique de notre planète liée à l’industrialisation, une industrialisation grandement facilitée par l’accès aux énergies fossiles.

Grâce au charbon on a pu remplacer le travail des hommes, des femmes, et des bêtes (vous vous rappelez les chevaux-vapeur, ceux-là même qui propulsaient l’increvable 2CV de ma grand-mère ?). En libérant les êtres humains d’un travail physique abêtissant, on a rendu leur énergie disponible pour d’autres activités et mené au monde tel que nous le connaissons aujourd’hui, basé sur des échanges mondiaux en perpétuelle expansion depuis la première révolution industrielle.  

Après cent-cinquante ans de croissance économique et démographique quasi-continue, le revers de la médaille saute aux yeux : les ressources de la terre ne sont pas infinies et nous, les êtres humains, avons, par notre mode de vie, entraîné ces modifications planétaires majeures. Comme le martèlent les conférences sur le climat organisées depuis trois décennies, à moins d’une réduction drastique des émissions de gaz à effet de serre, notre planète pourrait, à la suite de ces modifications, devenir invivable pour une grande partie de l’humanité. « Dans la vie, il y a deux sortes de personnes, celles qui veulent la mort du pécheur (gros consommateur d’énergie carbonée) et celles qui veulent sa rédemption, moi je veux sa rédemption » explique le personnage de Jancovici.

La BD est une façon très pédagogique de faire passer les messages martelés dans diverses arènes par Jancovici. Elle revient sur ces lois de base du monde physique qui font qu’une partie de l’équation du climat ne peut pas dépendre que des êtres humains et de leurs comportements. Les auteurs y exposent l’épopée de la consommation des énergies fossiles à partir du dix-neuvième siècle. Nous sommes passés d’un monde d’énergies totalement renouvelables (la force des humains et des bêtes) à un monde d’énergies fossiles. Incidemment, faut-il le rappeler, la condition humaine s’est aussi améliorée. Seulement voilà, cette énergie bon marché présente des inconvénients… en termes d’émissions de gaz à effet de serre (les fameux GES) responsables des bouleversements climatiques contemporains.

Quelles sont les solutions? Il n’y a malheureusement pas de miracle à attendre. Selon la formule-choc élaborée par Janco, un terrien consomme en moyenne 22 000 KWH par an, soit l’équivalent de l’énergie (renouvelable) déployée par le labeur de 200 (!) esclaves. Comme il est exclu de revenir à l’esclavage (ouf !), il faut donc modérer la consommation moyenne d’énergie et en même temps arrêter d’utiliser les énergies fossiles, qui sont aujourd’hui majoritaires. Dans un monde dopé à la croissance, c’est un pas difficile à envisager. Notamment pour les habitants des pays qui ont emprunté plus tard que les pays occidentaux le train du développement économique.

Le problème est que les énergies dites « renouvelables », et notamment les énergies solaires et éoliennes ne sont pas aussi performantes en termes de production et de rendement que leurs rivales carbonées. La seule énergie non carbonée qui soit compétitive, est… l’énergie nucléaire ! Inutile de dire que cette position a valu à Jancovici des passes d’armes musclées avec les écologistes. D’où le soin mis dans cette partie pour passer au crible toutes les sources d’énergies disponibles avec leurs avantages et leurs inconvénients. Il y a les choix collectifs, qui demandent un certain courage politique, et les choix individuels qui impliquent tout un chacun.

« Nous avions la possibilité de changer le monde, nous avons choisi le téléachat » écrit Stephen King sur la génération des baby-boomers dans « Ecriture, mémoires d’un métier ». La BD de Blain et Jancovici nous laisse avec cette question : quelles solutions choisirons-nous pour éviter la catastrophe annoncée ?

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