Ce que vous avez toujours voulu savoir sur le rapport du GIEC sans jamais oser le demander…

Début août est sortie l’édition 2021 du rapport du GIEC dans l’indifférence estivale. Le timing n’était pas idéal, mais nous sommes tous concernés par le dérèglement climatique. C’est un déterminant crucial de notre avenir sur la planète car nous en sommes persuadés chez RLDH : « iI n’y a pas de planète B ». Nous avons donc décidé d’en faire le sujet de notre billet de rentrée. « Les rapports du GIEC, tout le monde en parle, personne ne le lit » m’a déclaré une amie. « D’ailleurs personne ne sait vraiment ce que fait le GIEC ! ». Alors voici quelques éléments à apporter la prochaine fois qu’on vous demandera de commenter l’actualité sur le changement climatique et ses conséquences.

Qu’est-ce que le GIEC ?

Le GIEC ou groupement intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat (IPCC en anglais) a été créé en 1988 pour faire le point sur les connaissances scientifiques en matière de changement climatique. Il émane du programme de l’ONU pour l’environnement et de l’organisation mondiale des météorologues (WMO). Il compte à l’heure actuelle 195 membres qui se réunissent régulièrement, et notamment en préparation des grandes conférences sur le climat. Ce n’est pas un organisme de recherche, mais un organisme dont l’objectif est de prendre en compte toutes les données existant sur le climat pour établir la base atteignant le consensus le plus élevé sur les dernières évolutions climatiques et leurs conséquences probables pour notre planète et sa population.

En jargon scientifique on appelle cela une méta-analyse de la littérature. Des experts internationaux, principalement des universitaires, sont mandatés par le GIEC pour l’écriture de ces rapports. Ils collationnent les dizaines de milliers d’articles scientifiques – dans les disciplines pertinentes – dans des revues à comité de lectureet en effectuent une synthèse dans des projections et des modélisations qu’ils/elles vont classer selon une échelle de probabilité.

Depuis sa création, le GIEC a produit plus d’une quarantaine de rapports, tous disponibles (en anglais et parfois en français) sur son site Internet. Ces documents se divisent en trois catégories :

Les rapports d’évaluation (Assessment Reports en abrégé AR, on en est au sixième) sont de véritables sommes et font le point sur l’ensemble des éléments actualisés, et des nouveaux éléments apparus au cours des dernières années. Le précédent rapport d’évaluation, l’AR5, a été publié en 2014.

Les rapports spéciaux (special reports ou SR) examinent à la demande un aspect spécifique de la question du bouleversement climatique et de ses conséquences prévisibles. Entre l’AR5 et l’AR6 ont paru trois rapports SR: en août 2019 le rapport spécial (SR) sur le changement climatique et la terre, en septembre 2019 le rapport spécial (SR) sur l’impact du réchauffement climatique sur l’océan et la cryosphère et en octobre 2018 le rapport spécial (SR) sur l’impact d’un réchauffement climatique de 1,5° par rapport à la période de référence 1850-1900 qui était, après le rapport d’évaluation de 2014 (AR5), l’objectif paraissant souhaitable à la majorité des participants aux accords de Paris en décembre 2015.

Les rapports sur la méthodologie (methodology reports) font le point sur les méthodes à adopter pour effectuer le travail demandé dans les commissions d’experts planchant sur l’élaboration des différents rapports. En effet, il est important de savoir ce que l’on demande aux scientifiques compilant ces travaux, et d’harmoniser la façon dont ils vont travailler pour produire les documents finaux. Parce qu’évidemment, il n’y a pas une seule bonne façon de procéder !

Pourquoi ce rapport était-il attendu ?

Les connaissances sur le changement climatique ont-elles évolué sept ans après le dernier rapport d’évaluation ? C’est l’objet de ce rapport qui prend en compte des articles scientifiques publiés de fin 2014 à janvier 2021. L’AR6 permet d’affiner les hypothèses posées dans les rapports précédents, en ajoutant dans les modèles les réalisations des dernières années, et de nouveaux travaux pour mieux cibler les mesures susceptibles d’arrêter ou d’atténuer les effets du changement climatique.

Ce rapport sort opportunément pour servir de document de travail lors de la préparation de la COP26, la nouvelle conférence sur le changement climatique devant avoir lieu début novembre 2021 à Glasgow. On attend de ces grandes conférences internationales qu’elles donnent la tonalité des engagements pour la lutte contre le changement climatique, et qu’elles résultent, dans le meilleur des cas, dans l’engagement ferme des états à adopter des mesures qui auront des effets perceptibles.

Qui a écrit l’AR26?

Un groupe – appelé panel en anglais – de 234 scientifiques internationaux s’est réuni régulièrement et a travaillé bénévolement à cette évaluation. Il faut dire que la tâche est colossale, repérer les publications (ils en ont pris en compte 14000 quatorze mille !), en effectuer des synthèses, et les soumettre au groupe pour obtenir un consensus sur le degré de certitude atteint pour chaque hypothèse ne se fait pas au coin d’une table ! Ce travail a ensuite été validé par d’autres experts qui en ont passé les résultats en revue.

Qu’y a t’il dedans ? Faut-il le lire en entier ?

Le premier rapport de 3949 pages présente les résultats du premier groupe de travail qui a pour objet de mettre à jour les connaissances scientifiques sur les modifications du climat. Celles-ci s’appuient sur une série de mesures faites depuis l’écriture de la précédente synthèse, et l’analyse de nouveaux prélèvements pour comprendre les phénomènes de glaciation et de fonte des glaces pour des périodes où aucun enregistrement n’était fait des phénomènes climatiques.

Pour donner un exemple du type de travaux pris en compte dans le rapport: si l’on veut établir le fait que le réchauffement s’est accéléré depuis la révolution industrielle, et encore plus depuis les années 70, il faut pouvoir établir une base de référence antérieure ! Des études en paléogéologie ont établi cette base de référence en analysant notamment des prélèvements de « carottes géologiques ». Evidemment, de nouveaux prélèvements peuvent infléchir les résultats, mais vue la masse de résultats compilés, il faudrait beaucoup de résultats discordants sur les travaux déjà publiés pour ébranler la base représentée par le présent rapport d’évaluation.

Si vous avez le temps de lire les presque 4000 pages, vous serez sans doute édifié par le travail colossal que cela représente. Pour les autres, la lecture du résumé pour les décideurs politiques (Summary for Policy makers)suffit, encore faut-il lire l’anglais et n’être pas rebuté par la forme très technique.

Comment lire ce rapport d’évaluation ?

Le travail des commissions est de codifier toute la masse des résultats disponibles selon le degré de robustesse des résultats atteint par les publications scientifiques. Elles vont le faire selon deux indices, présentés ci-après. Elles vont ensuite synthétiser les résultats et établir des scénarios d’évolution possibles.

Indice de confiance par ordre croissant
Très bas
Bas
Moyen
Haut
Très haut

Indice de probabilité 
0% < proba < 1%Exceptionnellement improbable
0% < proba < 10%Très improbable
0% < proba < 33%Improbable
33% < proba < 66%Aussi probable qu’improbable
66% < proba < 100%Probable
90% < proba < 100%Très probable
99% < proba < 100%Quasiment certain

Que retenir du Summary for Policy Makers?

Ce résumé est divisé en quatre chapitres

  1. L’état actuel du climat
  2. Les projections possibles du climat pour l’avenir
  3. Les informations climatiques pour l’évaluation des risques et l’adaptation régionale
  4. Comment limiter les changements climatiques à l’avenir

Sur l’état actuel du climat, les résultats du rapport confirment ce qui avait été dit dans les rapports précédents en précisant la fourchette de réchauffement attendue, probablement plus modérée que ce qui avait été projeté dans l’AR5. Cependant, si les températures extrêmes seront probablement moindres que celles projetées jusqu’à présent, la probabilité de s’en tenir aux 1,5° prévus par l’accord de Paris est de plus en plus faible.

Les projections possibles présentent des scénarios en fonction du niveau de réchauffement attendu. Et comme on peut s’y attendre, les études compilées montrent que moins on arrive à contenir le réchauffement en deçà d’1,5°, plus le risque que toutes les régions du globe soient impactées est grand.

En bref, et ce n’est pas une surprise, la nécessité de baisser drastiquement les émissions de gaz à effet de serre et notamment de CO2 ressort très fortement de ces études. Le grand défi reste donc de décarboner les activités humaines pour éviter des modifications irréversibles du climat.

Mais comment? C’est là tout l’enjeu des futures discussions, à la fois au niveau des instances internationales, mais aussi au niveau national, communautaire, entrepreneurial, associatif et au niveau individuel. Et c’est là qu’on ressort forcément un peu frustré de la lecture, l’objectif du GIEC est de poser les faits et de proposer des scénarios sur lesquels les politiques doivent s’entendre. Mais les risques de réchauffement global ont des effets différenciés selon les zones géographiques, certaines vont subir plus que d’autres la multiplication des évènements climatiques extrêmes qui nous est annoncée. Le reste du travail est donc à effectuer au niveau politique avec les parties prenantes, qui sont nombreuses et n’ont évidemment pas la même vision sur les conséquences, ce qui rend l’affaire particulièrement complexe.

« Non les éoliennes ne doivent pas remplacer les pêcheurs », clamait une banderole de protestation aperçue sur un bateau de pêche dans le port de Trouville, décarboner, certes, mais au détriment de qui ? Lorsqu’on voit que le Sénégal et la Mauritanie se réjouissent de rentrer prochainement dans le club fermé des producteurs d’hydrocarbures offshore, comment peut-on leur demander de ne pas utiliser ces réserves de carbone alors que leurs PIB par habitant sont à des années lumières de ceux des monarchies du Golfe dont le pétrole a fait la fortune ?

Le rapport d’évaluation du second groupe, dont la livraison est prévue dans les prochains mois sera à cet égard très intéressant, sur les conséquences sociales des scénarii de dérèglement climatique.


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