Faut-il se méfier des faiseurs de pluie ?

Remédier ou s’adapter à l’insécurité climatique : le cas des techniques d’ensemencement des nuages…

Les récentes expériences de pluie artificielle de Dubaï ont fait couler beaucoup d’encre, certaines plumes incriminant le réchauffement climatique, d’autres se gaussant des conséquences de l’artificialisation des sols liés à la bétonisation de la métropole dubaïote et des vidéos de chauffeurs paniqués par la soudaine montée des eaux sur des autoroutes plus habituées à la poussière. Il est de bon ton de critiquer, nous ne nous en privons pas chez RLDH, mais les pluies artificielles ne font-elles-pas partie d’une panoplie de techniques qui pourraient être utiles pour Rendre Le Désert Habitable ?

Les chaleurs extrêmes de ces derniers temps sur la péninsule arabique ont contraint les autorités à utiliser les techniques dernier cri d’ensemencement des nuages qu’elles expérimentent depuis quelques années pour rendre la température au sol supportable et apporter un peu de modération à des températures invivables pour des êtres humains. Malgré l’urbanisation sophistiquée des villes de la péninsule arabique, et le recours massif à la climatisation, il est un moment où la température extérieure devient trop extrême et dangereuse pour la vie humaine. C’est ce qui a conduit les monarchies du Golfe à financer des recherches permettant de mitiger les effets de ses pics de chaleur.

Les techniques d’ensemencement des nuages ne datent pas d’hier. La géo-ingénieurie a débuté au moment de la seconde guerre mondiale et a pris son essor pour des usages militaires ensuite interdits par une convention internationale – et qui rappellent un scénario de Bande Dessinée, vous vous rappelez « SOS Météores » ? – Les Etats-Unis ont utilisé la géo-ingénieurie pour prolonger la mousson pendant la guerre du Vietnam et empêcher le ravitaillement des combattants viet-cong.

Par la suite, la technique a été successivement déployée afin d’éviter des catastrophes agricoles -la prévention des orages de gros grêlons pouvant endommager les récoltes-, ou de créer des précipitations sur des zones sujettes à la sécheresse, et encourager une activité agricole dans des zones où celle-ci représente la majorité de l’économie. La Chine utilise abondamment ces techniques pour lutter contre la sécheresse, et de façon plus anecdotique, pour assurer un ciel bleu sur Pékin lors d’évènements prestigieux : la cérémonie d’ouverture des jeux olympiques en 2008, l’ouverture du sommet de l’APEC (la coopération économique des états d’Asie pacifique) ou les 70 ans de la création de la République Populaire de Chine.

Il y avait jusqu’il y a peu deux modes opératoires connus. Ceux-ci consistaient à lancer dans un air très humide, ou des nuages, des particules (de sel ou de l’iodure d’argent) pour favoriser l’agrégation des gouttes et leur précipitation vers le sol. En cas d’orage de grêle, le but est de minimiser la taille des grêlons et les dégâts causés par ceux-ci par les récoltes. C’est pourquoi ces techniques intéressent des compagnies d’assurance, notamment outre-Atlantique. En cas de sécheresse, c’est le cas dans certaines provinces de Chine, en Israel et dans des pays d’Afrique comme le Burkina, ou dans la péninsule Arabique, l’objectif est d’augmenter les précipitations.
Les lancements se font soit à partir du sol, soit par des avions ou des drones qui circulent dans les nuages pour y répandre les particules. Aux UAE ces dernières semaines, ce sont des drones à faisceau laser qui ont été expérimentés pour exciter les nuages en les chargeant d’électricité. L’histoire ne dit pas quelles ont été les conclusions des chercheurs après les pluies impressionnantes qui ont défrayé la chronique.

Que penser de ces techniques que certains qualifient de techniques d’apprentis sorciers? Les critiques formulées sont de quatre ordres. Une première critique est leur manque d’efficacité : elles n’agiraient que marginalement sur les précipitations, de l’ordre de 10 à 15% de précipitations en plus dans la péninsule arabique. La seconde a trait aux conséquences nocives de l’épandage régulier de sel et/ou d’iodure d’argent au-dessus de terres cultivables ou de cours d’eau. Une troisième met en rapport le coût des procédures, et notamment l’empreinte carbone du décollage et de l’atterrissage d’un avion, sans parler de la fourniture du sel et de l’iodure d’argent, coûteux à produire ou à importer. Une quatrième concerne les effets collatéraux de l’usage de ces techniques, notamment sur le flux des cours d’eau et les activités en aval, et d’éventuels effets secondaires non identifiés. Comment s’assurer que changer le régime de précipitations au-dessus d’un territoire aussi vaste que le territoire chinois n’impacte pas, en retour, celui des pays mitoyens ? Si la péninsule Arabique capte les nuages au-dessus de son territoire et accentue les précipitations, ne va-t-elle pas en priver d’autres territoires ?

Les débats sont nombreux, et difficiles à démêler. Cependant, les prévisions de réchauffement climatique ne laissent pas forcément le choix de l’emploi des moyens. La géo-ingénieurie pourrait-elle constituer la solution la moins mauvaise ? Si les populations chassées des bandes littorales submergées – et elles le seront d’autant plus que les efforts fournis ne permettront pas de limiter, d’ici la fin du siècle, le réchauffement aux 2 degrés affichés comme objectif de la COP 21 à Paris en 2015. Les sommets internationaux sur le climat se succèdent et ne laissent pas présager que l’évolution des comportements de nos contemporains, compte-tenu des engagements pris (ou non pris) soient suffisants pour atténuer en profondeur des modifications qui ont été enclenchées dans les cinquante dernières années.

Quelle autre option alors que de parier sur des solutions techniques pour contenir le dérèglement climatique, avec les risques associés ? La géo-ingénieurie fait partie de ces techniques, reste à obtenir un consensus sur la façon d’utiliser ces techniques, l’ampleur des zones traitées, les garde-fous à mettre en place doivent notamment faire partie des discussions. Devant les dévastations des incendies extrêmes de cet été, dans le cercle arctique, en Californie, en Grèce ou en Turquie, devant les 50 degrés atteints dans certaines zones désertiques, et la menace de l’intensification de la fréquence de ces catastrophes, n’est-ce pas une voie qu’il faut considérer ?

L’humanité doit adapter ses comportements au dérèglement climatique, réfléchir à ce qu’est un monde durable, adopter des modes de vie compatibles avec un objectif de maintien de la température à des niveaux acceptables. Elle doit aussi travailler à des solutions de remédiation, celles-ci passent aussi par des innovations techniques.

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