L’eau, un problème insoluble ?

Le saviez-vous ? La problématique de l’eau (on en a parlé ici) n’impacte pas seulement les contrées désertiques. Pendant la préparation de la COP 26, l’organisation mondiale de météorologie, agence sous tutelle de l’ONU, a incité les participants à mettre en place des discussions pour une gestion globale de l’eau, élément qui sera sans aucun doute au cœur de crises à venir, accentuées par le réchauffement climatique. On ne peut pas continuer à traiter les défis liés à l’eau et ceux engendrés par le climat comme séparés, martèle la WMO, alors qu’ils sont indissociables.

Le dérèglement du climat va agir dans de multiples directions, de la fonte des glaciers à la baisse des eaux de surface. Il va aussi favoriser la survenue d’évènements extrêmes comme les inondations, catastrophes naturelles les plus communes, et les canicules. Les inondations meurtrières en Allemagne de l’été dernier ou de Colombie Britannique ces jours-ci, ont montré que de tels évènements n’étaient réservés aux pays du sud de l’Asie. Un groupe de travail a donc été constitué, sous l’égide des présidents du Tadjikistan et de la Hongrie pour réfléchir à l’intégration de la problématique de l’eau dans les réflexions sur le climat.

Les évènements climatiques extrêmes ont un impact sur des zones plus étendues que les endroits où ils se produisent. Les exemples ne manquent pas. La géographie ignore les frontières politiques. La fonte des glaciers au Tadjikistan entraîne des avalanches et des glissements de terrain dans les pays voisins. La sécheresse prolongée dans une partie du Sahel encourage à la migration de population de villages entiers, et finit par provoquer des conflits de voisinage. En Asie du Sud, les moussons de plus en plus abondantes causent des inondations dont l’un des effets les moins spectaculaires est de rendre l’eau impropre à la consommation sur un large bassin. Et pourtant, les décisions concernant l’eau se prennent souvent à des niveaux très locaux.

La gestion de l’eau, et pas seulement de l’eau potable, mérite un traitement à la fois global et local. Trois thèmes principaux émanent des recommandations de la nouvelle commission, ils ont trait au partage des informations, aux approvisionnements et au maintien des objectifs de développement durable parmi lesquels figurent l’accès à l’eau et à des installations sanitaires pour tous.

Si ces principes tombent sous le sens, ils ne sont pas perçus avec la même urgence dans les différentes zones géographiques. Les régions du globe sont inégalement affectées. En France, sur le territoire métropolitain, nous sommes habitués à ce que l’eau potable coule des robinets lorsque nous les ouvrons, et ce, quelle que soit l’heure à laquelle il nous prend la fantaisie de le faire. Les acteurs du monde agricole sont sans doute plus conscients des risques encourus, le manque ou l’abondance d’eau pouvant affecter dramatiquement leurs revenus. Cette situation n’est pas partagée sur tous les continents. Selon les régimes climatiques, la disponibilité de l’eau pour des usages domestiques, agricoles, industriels, ou de production d’énergie, est plus ou moins acquise. Les nappes phréatiques s’épuisent d’avoir été trop sollicitées dans des pays comme l’Inde, ou polluées par des exploitations minières ou pétrolières en Afrique du Sud ou au Nigeria. Lorsque l’Ethiopie décide de construire un barrage en amont du Nil, l’Egypte, dépendante du fleuve qui fournit 90% de ses besoins en eau, s’inquiète des conséquences d’un tel ouvrage pour sa population.

D’après la WMO, en 2018, 3,6 milliards d’habitants de notre planète avaient un accès inadéquat à l’eau, et dans les prévisions pour 2050, ce nombre pourrait passer à 5 milliards. L’atlas du World Resources Institute montre que les continents africain et asiatique sont déjà soumis à un stress hydrique important. La conjugaison de la pression démographique et du dérèglement climatique renforce la tendance.

Faut-il désespérer de la situation ?

Oui et non. Des solutions existent. Le problème est moins un problème de quantité d’eau globale que de répartition de cette eau et de qualité de celle-ci compte-tenu de son rôle vital pour les communautés humaines. Les techniques ont beaucoup évolué, mais elles sont souvent (très) consommatrices d’énergie, et sont plus accessibles à des pays aux revenus élevés.

Certains pays connaissent dès à présent un stress hydrique, et le WRI prévoit que 30 pays le seront fortement en 2040. Il faut très rapidement envisager des solutions possibles. Pour cela, il faut pouvoir modéliser les différentes couches des usages de l’eau, les clés de répartition qui résultent parfois des histoires très anciennes, des affrontements pour leur attribution au niveau local, mais aussi plus global. Les usages de l’eau sont une imbrication de strates techniques, géographiques, politiques, culturelles, sociales, et c’est ce qui en fait un sujet passionnant et compliqué.

L’initiative onusienne montre la prise de conscience de cette réalité et la nécessité d’engager des discussions pour mieux appréhender les problèmes en amont des évènements climatiques extrêmes ou de l’installation dans des situations de stress hydrique intenables.

Nous en sommes convaincus chez RLDH, c’est en cartographiant, modélisant, planifiant, testant via des projets pilotes, bref, en construisant des réponses possibles, en puisant dans les possibilités techniques à disposition que l’on pourra aider à mieux atteindre les objectifs de développement durable liés à l’eau, et diminuer le nombre d’habitants de la planète n’ayant pas un accès convenable à cette ressource commune et indispensable qu’est l’eau.

PS : Le magazine Science et Vie a fait un point très complet, dans son numéro de novembre 2021 sur les problématiques liées à l’eau nous vous en recommandons la lecture, si ce n’est déjà fait !

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