Quid du modèle des oasis?

B : Bonjour Alain Bernard, vous êtes à l’origine de cette initiative « Rendre Le Désert Habitable », pourriez-vous, en préambule, nous dire qui vous êtes et pourquoi cette initiative ?

A : S’il faut vraiment me définir, je suis avant tout un ingénieur, puis un entrepreneur. Comme tout un chacun, je suis préoccupé par les prévisions de croissance démographique et les conséquences annoncées de l’avancée des zones arides du fait du dérèglement climatique. Réfléchir à l’avenir de notre terre passe par cette question de mieux habiter des zones jusqu’ici peu peuplées, et le faire de façon intéressante pour les personnes amenées à vivre dans ces régions, sans pour autant bouleverser le fragile équilibre de notre planète. Les leçons qu’on n’a pas fini de tirer de la pandémie actuelle vont nous inciter à regarder la façon d’habiter notre planète d’une autre façon. La métropolisation, fait majeur de l’urbanisation du vingtième siècle, a montré ses limites.

B : Le projet d’installation de villes dans le désert n’est pas nouveau, on a pu en lire certains exemples sur le blog RLDH, en quoi, votre vision renouvelle-t-elle le sujet selon vous ? Qu’y apportez-vous ?

A : Si vous êtes un pays à faible densité et avec une forte rente pétrolière, vous pouvez tenter l’aventure d’un Masdar, ou d’un NEOM à coups de milliards de dollars. Si vous êtes un milliardaire de la Silicon Valley, vous pouvez rêver de coloniser Mars. Mais ce n’est pas la situation de la plupart d’entre nous. Est-ce à dire qu’il n’y a plus rien à faire ? Non, il y a tout de même des bonnes nouvelles : un certain nombre de technologies développées à la fin du vingtième siècle sont accessibles à tous et peuvent nous aider à inventer les cités de demain dans les régions peu peuplées !

B : Donc selon vous, les technologies modernes peuvent venir appuyer des projets d’installation durables dans le désert, pourriez-vous développer de quelle manière cela pourrait être fait ?

A : Ce ne sont que des pistes, mais si l’on peut faire vivre des êtres humains, dans un milieu aussi hostile que celui de l’ISS ou Mars, il est faisable de transposer une partie des innovations qui rendent cette vie possible dans un environnement moins compliqué : nul besoin de produire de l’oxygène, et même dans les zones désertiques on peut avoir accès à un minimum de ressources en eau ! Je ne dis pas que c’est facile à réaliser, mais je pense sincèrement qu’avec les techniques modernes on peut inventer, à coût raisonnable, de nouvelles façons d’habiter les zones désertiques. Pour répondre à la demande de développement durable qui est devenue impérative dans les objectifs de développement, le modèle des oasis me semble le plus approprié, évitant les écueils du gigantisme, et du coût prohibitif. Pourquoi le désert, parce que c’est une situation extrême et du coup cela nous offre un « modèle » purifié dont l’intérêt peut ensuite s’étendre à des milieux moins hostiles.

B : Si on essaye d’aller dans le concret de ces nouvelles oasis, quels sont les problèmes auxquels il faut réfléchir, et de quelle manière vous-y prendriez-vous ?

A : Prenons le cas d’un désert aride, il y a quatre problèmes principaux à traiter :

L’hydrologie, l’agronomie, l’économie et la sociologie. Les techniques modernes peuvent nous aider à concevoir la façon optimale de gérer les deux premiers. L’histoire nous apprend que la gestion des ressources en eau était la clé du succès des oasis, et cela va continuer. Les méthodes d’estimation des réserves d’eau, puis de gestion de ladite réserve peuvent se faire avec les moyens d’observation de la terre depuis l’espace. La science agronomique peut aider à concevoir, dans la perspective de développer une agriculture vivrière et une agriculture de rapport, des modes de production adaptés. Pour l’économie et la sociologie c’est moins évident, quelles seront les activités des humains dans ces oasis ? Il faut y réfléchir en parallèle.

B : Quelle démarche proposez-vous ?

A : A la question : « est-ce que les technologies modernes, nous permettent de créer un environnement confortable dans le désert pour un coût acceptable ? », la réponse est affirmative. Techniquement, on sait le faire. On peut installer des panneaux solaires, des éoliennes, des groupes électrogènes, des habitations climatisées, des unités de traitement de l’eau, des équipements de sport, d’enseignement, de distraction, des moyens de liaison avec le reste du monde, etc. Mais à quel prix ? Pourra-t-on le faire pour que les solutions soient assez attractives pour que les habitants restent sur place, reviennent s’installer pour les générations ayant été aspirés par les métropoles, ou choisissent de venir vivre dans ces nouvelles cités ?

Comme j’ai une âme d’ingénieur, je crois dans les modèles chiffrés. Je ne sais plus qui a dit : « tous les modèles sont faux, mais ils ont au moins le mérite d’exister », ce que je voudrais pouvoir concevoir, c’est de rassembler les connaissances disponibles pour construire un modèle qui serait réfutable, améliorable, et pourquoi pas transférable ?

Il y a plusieurs façons d’aborder le problème, une façon très mathématique, en faisant un modèle économique sur un tableur, et une façon, plus fun, qui serait de créer un « Oasis-city » à la manière du jeu des Sims auquel mes enfants ont beaucoup joué ! Si RLDH peut contribuer à l’un et/ou à l’autre, en rassemblant des personnes intéressées qui pourraient contribuer à l’un ou à l’autre des projets, j’en serai plus que satisfait. Ce serait une belle façon de montrer que l’Internet répond aux idéaux démocratiques qui ont présidé à sa naissance en produisant un savoir accessible à tous, vous ne pensez-pas ?

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *